Freedom Hospital, par Hamid Sulaiman

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Hamid Sulaiman/CaEtLa - arte editionsLa Syrie. Depuis six ans maintenant, ce nom résonne à nos oreilles. Souvent associé à un numéro. Le nombre de victimes du jour. A la radio au petit déjeuner. Sur les écrans de nos téléphones. Le soir à la télévision. A la Une des journaux dans nos kiosques. On ne peut ignorer la guerre qui fait rage. Et pourtant. Pourtant on ne sait pas ce qu’il s’y passe.

Le régime, les rebelles, les terroristes, les civils, l’aide internationale, l’Otan, la Syrie, les pays arabes, … Les victimes et les coupables se mêlent et s’amoncellent le long des colonnes de la presse. Difficile de faire les tri dans les informations. Difficile de comprendre. Impossible de rester indifférent.

Hamid Salaiman/ Ca et là - Arte éditionAlors, je lis. Des articles,
des livres, des bandes dessinées.
La dernière ? Freedom Hospital d’Hamid Sulaiman.

Une BD en noir et blanc au travail en aplat si bien que parfois le dessin en devient confus. Comme la situation qu’il tente d’exposer. Le noir ronge les visages et les paysages. Du point de vue du scénario, l’auteur explique avoir voulu mêler dans cet ouvrage le réel et la fiction pour narrer ce qu’il a vécu, ce que son entourage lui a raconté, bref sa vision personnelle et subjective (il ne revendique aucune objectivité) de la Syrie aujourd’hui.

« J’ai décidé d’écrire Freedom Hospital pour représenter la situation de mon point de vue, pas pour l’expliquer. Je n’essaie pas d’être neutre et je ne prétends pas décrire l’exacte réalité, mais il fallait que je crie tout ce qui était resté coincé dans ma gorge depuis le début de la révolution. »

Cette BD raconte l’histoire d’un hôpital clandestin dans une petite ville fictive du nord de la Syrie, Houria. Yasmine, pharmacienne l’a créé pour accomplir le rêve de son père et de son grand-père. Sur le chemin, une petite bande éclectique s’est peu à peu agglomérée autour d’elle, entre ces quelques murs : médecin, rebelles, pacifistes, cuisinière…

Le récit commence en 2012 avec le retour (clandestin) en Syrie de Sophie, une journaliste syrienne élevée en France depuis ses huit ans. Elle revient pour filmer le Freedom Hospital, la lutte des rebelles, les espoirs de son amie Yasmine et, espère, avoir la chance de capturer les images de la Syrie libérée.

Hamid Sulaiman/ Arte edition - Ca et là edition

Au fur et à mesure des saisons, l’auteur inaugure ses planches avec un décompte des jours, et des victimes. Un procédé narratif qui égraine le temps et les pertes humaines à l’image de nos écrans et des « informations » qui « tombent » quotidiennement. Nombres qui nous parlent de vraies personnes, les effaçant peu à peu. On plonge dans un quotidien très différent du notre avec ses risques, ses surprises mais aussi tous ces gestes humains d’une immense banalité au milieu du chaos. On s’interroge, encore, « qu’aurions-nous fait à leur place » ?

Cette bande-dessinée m’a vraiment retournée. Les personnages sont creusés, complexes, humains. Ils sont placés dans ce contexte chaotique de la guerre, de ce pays qui s’est soulevé pour ses droits, de ces multiples organisations de lutte ou de défense qui cohabitent et s’affrontent sur le même territoire, ensemble, avec leurs contradictions, leurs espoirs. Et leurs rêves qui s’entrechoquent.

Auteur : Hamid Sulaiman
Illustrateur : Hamid Sulaiman
Éditeur : Çà et là – Arte Éditions
288 p. ; 23 €

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